Rendez-vous à 17h45 devant l’Université Catholique de Lyon pour préparer la maraude. Nous retrouvons là-bas des étudiants de l’UCLy, des élèves du lycée des Minimes et d’autres membres du MSJ. Nous nous installons dans une classe pour préparer les sandwichs : un moment convivial entre maraudeurs, mais sans perdre en efficacité ! Plus la préparation est rapide, plus nous aurons du temps dans la rue. Une fois les repas prêts, nous prenons un temps de prière dans la chapelle de l’université pour bénir cette maraude et prier ensemble.

Nous nous répartissons en trois groupes : l’un remontera la rue de la République, l’autre la rue Victor Hugo, et le dernier restera place Carnot, où sont déjà présentes de nombreux SDF. Les maraudes sont fréquentes place Carnot (UCLy, Croix-Rouge…), et certains y sont habitués. Nous nous arrêtons pour proposer un sandwich à une première personne, puis tant d’autres arrivent pour en demander. En quelques minutes, toutes les provisions ont été distribuées et un grand groupe s’est formé à l’endroit où nous étions. Ces personnes parlent entre elles, certaines se connaissent déjà et d’autres non. Nous avons donc pu discuter avec plusieurs personnes de la rue. Toutes ne sont pas sans-abris, mais ont globalement toutes des difficultés financières et des parcours de vie chaotiques. Il y avait ce soir-là place Carnot un certain nombre de personnes issues de l’immigration. Ce temps d’échange a duré jusqu’à 21 h ; la distribution de denrées alimentaires étant plutôt devenue un prétexte pour la discussion.

À notre retour, nous avons fait une relecture de la soirée afin que chacun puisse partager l’expérience du groupe dans lequel il était et exprimer son ressenti et ses émotions.

Le long temps d’échange nous a permis de discuter avec plusieurs personnes. Elles nous parlent de leurs conditions de vie et de leur vie antérieure. De manière récurrente, on remarque un évènement décisif, qui les a contraints à vivre dans la rue, ou à quitter leur pays natal. On peut citer par exemple l’exemple d’un homme, qui, suite à un accident de voiture qu’il conduisait, « a tué sa femme ». Les conséquences de cet accident s’enchaînent, et cet homme se trouve aujourd’hui socialement exclu, sans soutien familial.

Cette maraude m’a beaucoup apporté, et m’a notamment fait comprendre le sens du mot « accueil ». Certaines personnes ont fait des choix qui peuvent être discutables et difficiles à comprendre de notre point de vue, avec notre culture et notre éducation. Cependant, elles sont là maintenant, dans une situation critique, et ne demandent pas à ce qu’on remette en questions leurs choix antérieurs ou même actuels. La plupart sont conscientes de leur situation précaire et aspirent à de meilleures conditions de vie, mais elles expriment néanmoins beaucoup de positivité. Cette joie de vivre m’a particulièrement touché ce soir-là : on a pu observer et participer à la joie qu’ont ces gens de se retrouver, de rencontrer d’autres personnes, de jouer avec les enfants.

À la différence de la maraude du 15 décembre, où nous nous déplacions dans la rue pour aller à la rencontre des sans-abris, aujourd’hui c’étaient plutôt eux qui venaient à nous. Il faut dire que la petite foule rassemblée dégageait de la convivialité et une ambiance chaleureuse. L’atmosphère des soirées chaudes du début de l’été y est sûrement aussi pour quelque-chose, mais l’ambiance de ce soir-là était globalement plus détendue, moins formelle.

À l’image des rencontres que l’on y fait, les maraudes ne se ressemblent pas ! Chacune d’entre elles nous donne une sacrée leçon de vie, et nous pousse à être attentifs à ceux qui nous entourent : personne ne peut nier son besoin d’attention et de relations humaines.

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